Catégorie : Television, Emission, Questions de société

Une télévision folle

Diffusion : 18/10/2010 vers 22:19
Auteur : Serge Plenier

La télévision devient-elle folle ? On est tenté de le croire en voyant les images effarantes de cette mère apprenant en direct la mort de sa fille sur une chaîne italienne. Ailleurs, ce sont les débordements de la "téléréalité", les frasques d’un animateur amateur de cocaïne ou des pratiques douteuses tendant à transformer les journalistes en auxiliaires de la police. Et l’on passe sur les accusations trop souvent justifiées d’indécence ou de vulgarité, ainsi que sur la mise en valeur inutile et dangereuse des lapsus de tel ou tel homme (ou femme) politique. Ici, la dérive devient dangereuse pour notre démocratie.

Accuser tel ou tel responsable, s’en prendre dans son ensemble à la classe politico-médiatique peut être justifié ponctuellement, mais cela reste un peu court. En fait, les problèmes et les dérives dans lesquels s’enfonce la télévision tiennent à deux logiques implacables.

Il y a d’abord la logique interne : la télévision est une grande dévoreuse d’images. Qu’il s’agisse de programmes "de stock" (séries, films...) ou de programmes "de flux" (débats, journaux télévisés…), il s’agit de fournir toujours plus à voir, en sachant qu’une bonne partie de ce qui sera proposé ne servira pas deux fois. Cela implique un travail toujours dans l’urgence et sous une pression perpétuelle. L’éthique n’a guère sa place dans cette surenchère permanente.

Surtout, la télévision est totalement tributaire d’un modèle économique redoutable. La télévision est le média le plus coûteux en personnels et en matériel. En 2009, le chiffre d’affaires de TF1 dépassait les deux milliards d’euros, avec des recettes publicitaires de plus d’un milliard. C’est la publicité qui permet aux chaînes privées, mais aussi jusqu’à présent aux chaînes publiques, de vivre dans une compétition devenue démentielle. La conséquence est une course effrénée à l’audimat avec les conséquences que l’on sait.

Il y va tout simplement de notre civilisation. Une autre télévision est-elle possible ? Il faut l’espérer, mais aucun des modèles alternatifs proposés n’est véritablement viable. Revenir au "tout public" n’est pas plus réaliste que tout abandonner au seul jeu du marché. C’est d’un nouvel équilibre et de nouvelles instances de régulation que devrait naître la télévision de demain.