Catégorie : Droit

Droit : Les Moines et Carlos font du Cinéma ! (par Maître Christian Frémaux)

Diffusion : 22/06/2010 vers 10:57
Auteur : par Maître Christian Frémaux, avocat au Barreau de Paris

Le Festival de Cannes 2010 a mis à l’affiche deux films qui posent des problèmes de droit et de morale, et qui concernent le terrorisme mais qui ne peuvent être appréciés sur le même plan.

 


Je n’ai vu aucun des films, mais je m’autorise à en commenter le principe! Comme un critique déloyal. Je ne parle naturellement que du fond des thèmes traités.
« Des hommes et des Dieux » qui a reçu une récompense,  a pour sujet les 7 moines français installés dans le monastère de TIBEHIRINE en Algérie, enlevés par un groupe armé, et qui furent atrocement assassinés.


La justice française a ouvert une instruction, et des doutes ont été émis sur la version officielle de l’assassinat : l’armée algérienne aurait-elle été impliquée, ou non ?


Si la recherche de la vérité est nécessaire, et passe par l’instruction d’un juge, il est cependant, justifié bien que délicat de réaliser un film sur des faits récents (1996) où il y a encore des acteurs et des témoins vivants, même si un artiste a le droit de transformer les faits et analyser le comportement des hommes, et même si le film veut rendre compte de la quête spirituelle d’une communauté  humaine, qui a préféré exercer son sacerdoce au profit des hommes sur place, plutôt que de privilégier sa protection, et ses intérêts directs.


Les moines ne se considéraient pas comme des héros, au sens ordinaire du terme : ils ont fait un choix qui les hausse au plus haut niveau de l’humanité. La terreur va les tuer, détruire leur œuvre.


Mais on ne peut faire disparaitre l’âme, l’esprit des morts, leur passage terrestre, et l’ouverture à l’autre. La critique a salué ce film, qui connaîtra un grand succès, je le souhaite.


En revanche, le film sur « Carlos » heurte les consciences, et le droit, et je déplore sa diffusion.


Monsieur  Ramirez  Sanchez dit Carlos est détenu à la maison d’arrêt de Clairvaux, où il purge une peine de réclusion criminelle à perpétuité pour divers faits meurtriers liés à son activité de terroriste revendiqué et assumé de surcroît, sans regret ni remords.


La télévision et le cinéma se sont emparés de ce « héros » terme impropre voulant exprimer son contraire, car pour moi ce n’est pas un exemple. C’est un terroriste pur et dur, qui a du sang sur les mains, et qui n’est plus présumé innocent puisque sa condamnation est définitive : il est coupable.


Il ne s’agit pas de faire œuvre de mémoire à la gloire des victimes, par exemple.
On n’est plus dans le cadre du héros sympathique, « flic » ou « voyou », plutôt positif, où l’on peut tirer des leçons sur ce qu’il convient de faire, ou non.
Carlos est l’antithèse du Modèle. Il s’est servi de l’Etat de droit pour agir, puis, arrêté, pour se défendre. C’est de l’anti-heros.


Il a même semble-t-il, téléphoné de sa prison aux médias pour être interviewé ou faire connaître son opposition aux projets en cours le concernant, et - sauf erreur - a saisi en vain le juge des référés pour tenter d’empêcher la diffusion du film le concernant.


Il peut remercier notre démocratie, et notre droit, qui permettent à un terroriste s’affichant comme tel, de se plaindre, comme tout citoyen lambda.
Certains dont je ne suis pas, apprécient de voir sur grand écran l’itinéraire d’un enfant gâté, qui a eu selon ce qu’il dit lui-même une enfance normale, et qui a cependant choisi, par idéologie et haine de l’autre, le chemin du  fer et des larmes, les victimes devant être sacrifiées à la Cause, qu’il a seul définie, en se substituant à la loi des hommes, à la majorité, au dialogue, enfin en niant les valeurs universelles.


Pour ma part je préfère les héros qui se sacrifient, qui font le bien, respectent la vie, et ont une approche supérieure et spirituelle, à ce qui divise les hommes.
Le droit permet donc beaucoup.


Je ne sais pas, si en l’espèce, pour Carlos, la morale par anti-phrase pourrait y gagner. Je suis même sûr, que non.


Heureusement avec les moines martyrisés de TIBEHIRINE l’esprit va rejoindre le droit :


La justice française  fera la lumière, et les coupables seront punis. On doit y croire.

 

Maître Christian FRÉMAUX, avocat au Barreau de Paris