Des hommes et des dieux
Un monastère perché dans les montagnes du Maghreb, dans les années 1990. Huit moines chrétiens français vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Quand une équipe de travailleurs étrangers est massacrée par un groupe islamiste, la terreur s’installe dans la région. L'armée propose une protection aux moines, mais ceux-ci refusent. Doivent-ils partir ? Malgré les menaces grandissantes qui les entourent, la décision des moines de rester coûte que coûte, se concrétise jour après jour… Ce film s’inspire librement de la vie des Moines Cisterciens de Tibhirine en Algérie de 1993 jusqu’à leur enlèvement en 1996.
Il arrive, parfois, qu’un cinéaste rencontre une histoire forte et soit tellement touché par elle qu’il est comme transcendé par son sujet. Ce fut le cas de Gabriel Axel avec Le festin de Babette, c’est manifestement le cas de Xavier Beauvois avec la tragédie des moines de Tibhirine. Mais loin de s’intéresser aux aspects politiques de ce sanglant fait divers, le cinéaste a choisi de braquer sa caméra sur les semaines qui ont précédé le drame.
Ils vivent la vie de tous les moines, dans le silence et le recueillement. Mais ces chrétiens en terre musulmane, qui vivent en harmonie avec leurs voisins, se trouvent au cœur de l’une des régions les plus troublées d’Algérie, où sévissent les groupes islamistes les plus radicaux. Nous sommes en 1996, au monastère de Tibhirine, dans l’Atlas. Lorsque des travailleurs étrangers sont étranglés, non loin de leur monastère, certains moines se demandent s’il ne faut pas partir.
En des plans d’une admirable beauté, Xavier Beauvois filme la vie de prière des moines, leur vie active à l’extérieur, entre les soins apportés aux malades (parfois près de 100 personnes soignées par jour !) et les travaux agricoles, les offices et les débats suscités par leur situation, lors de leurs chapitres quotidiens. Entre doute, peur et fidélité à leur engagement, les moines s’interrogent, en effet, sur leur avenir, sur ce qu’ils doivent faire : partir, rester, accepter la protection des autorités… Certains plans, magistralement éclairés par Caroline Champetier, sont de véritables tableaux (de l’aveu même du cinéaste, celui-ci s’est inspiré de certaines de ses toiles préférées, tel le Christ de Mantegna, Saint Thomas du Caravage…). Les comédiens, d’une sobriété et d’une justesse rares, semblent habités par leur personnage. Loin de toute polémique sur les raisons de leur assassinat, Xavier Beauvois plonge au cœur du beau mystère de ces moines portés par un amour infini pour Dieu et pour leur prochain : pourquoi sont-ils restés ?
Comme porté par la grâce (le réalisateur a beaucoup lu pour préparer son film, et il a passé une semaine dans un monastère cistercien, tout comme ses comédiens !), ce film met en scène, avec beaucoup de rigueur des hommes de foi qui, non sans peur ni hésitation, pèsent le pour et le contre avant d’accepter, dans l’abandon à la volonté divine, leur probable martyre. Ce film est une belle illustration des paroles prémonitoires du frère Christian : « S’il m’arrivait un jour - et ce pourrait être aujourd’hui - d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était donnée à Dieu et à ce pays. »
Des hommes et des dieux. Drame français (2010) de Xavier Beauvois, avec Lambert Wilson (Christian), Michael Lonsdale (Luc), Olivier Rabourdin (Christophe), Philippe Laudenbach (Célestin), Jacques Herlin (Amédée), Loïc Pichon (Jean-Pierre), Sabrina Ouazani (Rabbia) (2h). (Adolescents.) Sortie le 8 septembre 2010.








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