Catégorie : Questions de société
12/09/2010

DE L’IDEE DE NATURE : ENTRE CŒUR ET RAISON

Auteur : Fabrice de CHANCEUIL

Environnement


Il est peu de dire que l’environnement est devenu une préoccupation majeure de notre temps, du moins sous nos latitudes. S’il envahit désormais tous les champs dans une vision globalisante, il s’est d’abord présenté comme le souci de protection de la nature. Qui dit protection dit menace et même déjà altération, avec la volonté de restaurer la situation d’avant, devenue dès lors la référence absolue, la réalité ayant finalement moins d’importance que le mythe. C’est ainsi que l’on passe de l’état de nature à l’idée de nature. Comment pourrait-il en être d’ailleurs autrement quand cette quête est le fait d’une population urbanisée à 80% et dont la connaissance de la nature ne procède d’aucune expérience personnelle, au point de susciter l’ire des populations rurales se sentant soudain dépossédées de leur essence propre, même si leur rapport à la nature a lui aussi été faussé, par facilité ou par nécessité, par l’irruption du modernisme.

Pourtant, c’est bien le développement des connaissances scientifiques et du progrès technique qui, au XVIIIème siècle, va changer le regard de l’homme sur la nature, devenue l’objet d’une intelligibilité à conquérir aussi bien par les cadres mathématiques que par la méthode expérimentale. Mais, parallèlement, dans le bouillonnement intellectuel et politique de l’époque, l’idée de nature prend une place considérable, en tant qu’outil de la critique et le fondement d’un ordre nouveau qui se cherche.

Alors que le pouvoir de droit divin est mis à mal, on va tenter de fonder les normes de la vie morale comme de la vie sociale sur une nature supposée bonne. Si la nature est le bien, elle prend par conséquent une dimension sacrée. Au droit divin tente ainsi de se substituer un droit naturel que les penseurs des Lumières opposent à l’intolérance, la superstition, l’obscurantisme, rangeant ainsi la nature du côté de la raison.

Mais comment la raison pourrait-elle résister à une telle représentation idéalisée : avec Jean-Jacques Rousseau, la nature devient une nouvelle divinité, objet d’exaltation, source du sens, maîtresse des peines et des joies. « J’ai donc refermé tous les livres. Il en est un seul ouvert à tous les yeux, c’est celui de la nature. C’est dans ce grand et sublime livre que j’apprends à servir et à adorer son divin auteur » fait-il dire à son curé savoyard. Tourmenté et violente, mais aussi consolatrice et maternelle, la nature est alors plus livrée au sentiment qu’à la raison.

Au-delà de la révolution industrielle du XIXème siècle et de la révolution technologique de la fin du XXème siècle, l’idée de nature n’a pas foncièrement changé et les questions, comme les contradictions, restent aujourd’hui les mêmes. L’asservissement, réel ou supposé, de la nature à des fins économiques et par des voies techniques est perçue par certains comme la traduction d’une dictature de la raison, tandis que d’autres en appellent au contraire à la raison pour se rendre maîtres et possesseurs d’une nature capricieuse. Mais la nature est aussi plus que jamais le grand champ des émotions : l’art contemporain ne se contente plus de la représenter mais, à travers le land art, en fait l’acteur de son propre rôle. L’idée de nature n’est donc pas prête de quitter nos esprits et d’agiter nos pensées.

Robert Mauzi dans  L’idée du bonheur dans la littérature et la pensée françaises au XVIIIème siècle  (Albin Michel 1960) nous donne le secret de cette longévité : « L’idée de nature est une idée euphorique. Elle valorise ce dont l’homme a besoin pour satisfaire sa raison tout en légitimant ses instincts, et répond ainsi à la définition du bonheur ».

 

 


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