25/10/2010

Casseurs et désespérés

Auteur : Jean-Gabriel Delacour

L’enchaînement des manifestations contre la réforme des retraites et des affrontements et pillages de groupes de casseurs amène à s’interroger sur les motivations des uns et des autres et sur la capacité du chef de l’État à faire face à la situation.

Le projet a heureusement manifesté la volonté de réduire les déficits en repoussant les bornes d’âge, avec l’ouverture des droits à 62 ans au lieu de 60 et un taux plein à 67 au lieu de 65. Mais Nicolas Sarkozy n’a pas entamé la grande réforme de fond ni réellement demandé à tous l’effort qui couronnerait une concertation empêchant ses adversaires de se crisper sur des symboles comme l’âge de départ, sur des détails comme la pénibilité. En outre, pressé comme d’habitude, il a court-circuité son gouvernement en répétant depuis bientôt six mois qu’il allait le changer ; du coup, ni le Premier ministre ni les ministres concernés n’ont pu jouer leur rôle de pédagogues, voire de fusibles. Le fossé s’est alors creusé avec tous ceux pour lesquels le progrès social signifie toujours « travailler moins » et non « gagner plus » — d’où la popularité des 35 heures et de la retraite à 60 ans, même contraires aux réalités économiques internationales.

Les hésitations craintives de François Chérèque à la Cfdt et les silences relatifs de Bernard Thibault à la Cgt montrent pourtant l’embarras des syndicats. Sachant la nécessité des réformes, ils ont été dépassés par des minorités très déterminées comme dans les ports ou la presse et doublés par des casseurs qui, assez bien organisés, entendaient profiter de la situation pour se défouler ou mettre en place une situation pré-insurrectionnelle. Les photos et les vidéos de ces « étudiants » et « lycéens » méritent qu’on s'attarde sur leurs visages et leur âge — tout comme, d’ailleurs, sur l'attitude passive des adultes à proximité. Il faut aussi regarder certains sites, tel rebellyon.info dénonçant le sort de « 300 personnes prises au hasard, gazées, flashballées, matraquées, fouillées, fichées » et concluant : « la propagande des médias télévisés ne tient pas la route dès que vous éteignez les télés : descendez dans les rues, vous n’y rencontrerez que des jeunes de lycée pro en colère mais très ouverts à la discussion, qui ne veulent pas bosser pendant 50 ans pour des tafs de merde entre les périodes de chômage, des syndicalistes payés à coups de lance-pierre que le gouvernement méprise, des gens révoltés comme vous depuis des années par la politique de Sarkozy ». Peu importe la réalité : ces propos rejoignent ceux de ces meneurs désabusés affirmant que, en 2012, ils allaient enfin se débarrasser de la « racaille » au pouvoir.

Reprendre la main signifie donc, pour le chef de l’État, redonner un souffle au pays en l’associant aux indispensables réformes et ne plus apparaître ni comme l’expression d’une caste privilégiée ni comme le seul interlocuteur et décideur possible. Faute de quoi il ajoutera à ceux qui désespèrent de réformer le pays ceux qui désespèrent de leur avenir.


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