Catégorie : Questions de société
26/07/2010

LA BELLE ET LA BETE (les ours dans les Pyrénées)

Auteur : Fabrice de CHANCEUIL

Ours des pyrénées

Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’écologie, s’est rendue en visite à Toulouse, le 26 juillet, afin de faire le point sur la situation de l’ours dans les Pyrénées. Ce déplacement est intervenu alors que la plus grande incertitude pesait sur la suite du programme de retour du plantigrade dans le massif pyrénéen. « On ne renonce pas au plan ours, il y aura d’autres réintroductions » avait-elle affirmé en janvier dernier au moment où les associations Férus et Pays de l’Ours-Adet manifestaient à Paris, accrochant des ours en peluche sous le pont de l’Alma en demandant à ce que l’année 2010, déjà Année de la biodiversité, soit également proclamée Année de l’ours dans les Pyrénées. Depuis lors, le nouveau plan quadriennal de réintroduction, qui devait couvrir la période 2010-2013, n’avait pourtant pas encore été lancé.

Finalement, s’inscrivant peut-être dans la logique de rupture dont le Président de la République voulait imprégner son quinquennat, elle a choisi de se démarquer de l’action de ses prédécesseurs en ce domaine : « Je ne souhaite pas, comme on l’a fait il y a quelques années, parler de réintroduction d’ours, car cela a entraîné de fortes réactions de rejet dans les Pyrénées ; nous estimons que les conditions d’une reproduction naturelle sont à présent réunies ». Evoquant le programme à venir, elle a précisé : « Il s’agit d’un plan de conservation de l’ours dans les Pyrénées, pas d’un plan de renforcement ».


L’ours brun, l’une des huit espèces d’ours vivant à travers le monde, était présent dans toutes les hautes vallées des Pyrénées, mais en 1995, il n’en restait plus que six, condamnant l’espèce à disparaître du paysage montagnard. En cause, pêle-mêle, l’agro-pastoralisme, le tourisme, les voies de communication, la chasse, sans qu’aucune de ses raisons ne soit à elle seule suffisante pour expliquer le phénomène. D’où la décision prise alors de réintroduire artificiellement l’animal est lâchant dans le milieu naturel trois ours capturés en Slovénie, en raison à la fois de la proximité des espèces et de leurs conditions de vie. S’est ainsi qu’en 1996 débarquent à Melles, dans les Hautes-Pyrénées, Ziva  et Melba, deux belles femelles de 100 kg chacune, suivies en 1997 par Pyros, imposant mâle de 235 kg, tous équipés de télé détecteurs permettant de les suivre à la trace afin de recueillir la moindre information sur leurs faits et gestes. L’acclimatation se passe plutôt bien puisque les deux femelles donnent naissance à cinq oursons, avant que Melba ne meure dans un accident. Mais le drame est la mort de Cannelle, l’une des dernières femelles de la souche initiale, qui est tuée en 2004 par un chasseur s’estimant menacé: d’abord bénéficiaire d’un non lieu, il devra finalement, à la suite d’un procès à rebondissements, verser en 2009, 11 000 € de dommages et intérêts aux associations de protection de l’environnement qui s’étaient portées parties civiles. Cette affaire, qui a défrayé la chronique, va accélérer la réintroduction de l’ours avec deux nouveaux lâchers en 2006, mais dans un climat beaucoup plus lourd, partisans et opposants s’affrontant selon un schéma classique entre défenseurs de la nature et promoteurs de la ruralité, Jean Lassalle, l’emblématique député des Pyrénées-Atlantiques, n’hésitant pas à interpeller le ministre de l’époque en ces termes : « Vous avez entendu les pleurs de l’ourson de Cannelle, entendez la complainte des derniers hommes de la montagne ».


Aujourd’hui, on compte dix-neuf plantigrades dans les Pyrénées avec deux naissances annoncées pour cette année. Le climat est apaisé et la secrétaire d’Etat à l’Écologie ne veut surtout pas rallumer la polémique : « Il y a eu trop de problèmes, de heurts, de crispations locales lorsqu’on a imposé aux Pyrénéens un renforcement de la population d’ours en 2006 ; c’est néfaste pour l’écologie, qui ne ses résume pas à ces symboles ». Certes, mais un ancien directeur régional de l’environnement ne disait-il pas pour justifier le retour de la bête : « L’ours est aux Pyrénées ce que la Chapelle Sixtine est  au Vatican ! ».


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